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Taiwan « partenaire stratégique » du Burkina Faso sur le plan démocratique

La délégation de la CENI menée par son président Newton Ahmed Barry (à g.) a eu une réunion de travail avec le vice-président de la CEC, Chen Chao-chien [陳朝建].

Une délégation de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Burkina Faso, forte de cinq personnes et menée par son président Newton Ahmed Barry, a effectué du 5 au 10 février une visite à Taiwan. Comptant notamment en son sein le rapporteur Boubakar Bouda et le commissaire Mahama Bonkoungou, la délégation a pu travailler avec la Commission centrale des élections (CEC) de la République de Chine (Taiwan) et rencontrer divers interlocuteurs, dont Chunghwa Telecom, prestataire de la CEC, et la Fondation de Taiwan pour la démocratie. Le 9 février, Newton Ahmed Barry a répondu aux questions de Taiwan Info.

Taiwan Info : Quels sont les enjeux pour la CENI du Burkina Faso en vue de l’organisation des prochains scrutins, en 2020 ?

 
Newton Ahmed Barry : Nous sommes évidemment à Taiwan sur l’invitation de nos homologues pour nous imprégner davantage du fonctionnement de leur commission électorale.
 
Notre commission va être constitutionnalisée. C’est une évolution statutaire extrêmement importante qui va la camper parmi les grandes institutions de notre pays. Evidemment, ce changement de statut engendre des évolutions au niveau de ses prérogatives, ce qui fait que nous sommes intéressés à discuter avec des partenaires comme Taiwan qui est à un niveau presque semblable du point de vue du parcours démocratique. On peut donc voir dans quelle mesure on peut s’inspirer de ce qu’ils font, avec l’objectif de consolider la commission électorale du Burkina Faso pour qu’elle puisse accomplir ses missions qui sont d’organiser l’ensemble des élections, à la fois générales et locales.
 
Quels sont les principaux défis auxquels doit faire face la commission que vous présidez ? 
 
Nous avons réussi en 2015 une élection qui a été citée en exemple. L’enjeu aujourd’hui est double. Le premier aspect est la question du fichier électoral. A Taiwan, l’état-civil est assez avancé et établir le fichier électoral ne pose quasiment pas de problèmes. Nous, nous n’avons pas encore d’état-civil assez opérationnel mais nous pensons qu’il est possible de nous appuyer sur l’embryon d’état-civil existant pour constituer un fichier électoral relativement fiable, honnête et reflétant l’état de la population. Nous pensons qu’il est possible de l’adosser sur le fichier de la carte d’identité, un travail que nous sommes en train d’effectuer et qui a motivé en partie notre visite à Taiwan. Ce travail à partir d’une base de données existante va nous permettre de rapidement effectuer des mises à jour du fichier électoral, mais également d’utiliser la carte d’identité comme document pour pouvoir voter.
 
Le deuxième élément est la maîtrise des coûts. Les élections ont un coût et nous sommes un pays relativement pauvre : il faut que le coût électoral n’atteigne pas un niveau pesant pour les finances du pays.
 
Dès votre arrivée à Taiwan, vous avez rencontré vos homologues de la Commission centrale des élections (CEC). Quels savoir-faire ou ressources ont suscité votre intérêt ?
 
Ce qui nous a frappés est qu’il y a à Taiwan une relative confiance en la commission électorale. Cela est extrêmement important car c’est de cette confiance que dépend tout le reste du processus. Quand on a confiance en la commission électorale, les résultats en général sont acceptés. Nous comptons voir avec les Taiwanais comment cette confiance s’est construite, quelles en sont les bases et quels garde-fous sont donnés à l’ensemble des acteurs.
 
Par ailleurs, même si le développement technologique de Taiwan permettrait d’y mettre en place le vote électronique, nous avons observé que le vote manuel est celui qui rencontre l’assentiment des Taiwanais. Toutefois, la CEC réfléchit à des évolutions et c’est un élément qui nous intéresse. Le corps électoral au Burkina Faso est certes moins important qu’à Taiwan (entre 9 à 10 millions de citoyens, contre environ 18 millions) mais réparti sur un territoire plus vaste et avec des voies de communication quasi inexistantes. Nous étudions donc la possibilité d’utiliser le vote électronique pour résoudre un certain nombre de problèmes, notamment pour la centralisation des résultats : plus les résultats tardent à être publiés, plus les suspicions commencent. Les Taiwanais ont un système de centralisation dont nous pouvons nous inspirer. Voici des aspects sur lesquels il est possible de collaborer.
 
Votre délégation a également été reçue à la Fondation de Taiwan pour la démocratie. Quelles expériences ont pu être partagées ?
 
La Fondation de Taiwan pour la démocratie, où nous avons été très bien reçus, fonctionne avec des organisations non gouvernementales (ONG). Notre commission électorale répond à un certain nombre d’enjeux en termes d’éducation civique et de participation des femmes au processus électoral. Au Burkina Faso, les femmes représentent près de 52% de la population. En général, ce sont elles qui votent le plus mais elles ne sont pas dans les rouages du processus électoral : elles sont peu présentes au sein des commissions décentralisées et peu présentes sur la liste des candidats. Notre commission ne peut pas résoudre ce dernier défi car c’est l’affaire des partis politiques, mais nous pouvons au moins travailler à ce que les femmes soient présentes dans nos instances, et pour cela il faut qu’elles soient formées. Nous pensons ainsi que la Fondation de Taiwan pour la démocratie pourrait coopérer avec des ONG burkinabè, notamment des ONG de femmes avec lesquelles nous travaillons.
 
Une autre question est celle du goulot d’étranglement au niveau de nos tribunaux qui entraîne un allongement des placements en détention provisoire. Cela ne relève pas forcément de la CENI mais nous pouvons voir comment des ONG burkinabè pourraient aborder ce dossier avec la Fondation de Taiwan pour la démocratie.

Quels sont plus généralement la nature de vos échanges avec la CEC ?
 
Depuis 2004, il existe des échanges réguliers entre la CENI et la CEC. Taiwan est notre partenaire stratégique du point de vue démocratique et de l’organisation des élections. Lors des dernières élections générales de sortie de la transition, Taiwan a contribué financièrement et a équipé en matière informatique l’ensemble de nos 368 centres de compilation des résultats.
 
Quel point retenez-vous de votre visite ?
Nous avons trouvé des partenaires totalement disponibles et à l’écoute. Nous avons pu échanger et pensons qu’il faut maintenant voir comment donner une suite. C’est pour cela que l’ensemble des rendez-vous a été pris avec notre ambassadeur, Aminata Sana/Congo, pour assurer le suivi tant en termes de réflexion stratégique que de réponses immédiates.